
San Myshuno, la ville où tout a commencé, c’est d’ailleurs le seul endroit que nous connaissons, Anita et moi. Nous avons grandi dans un foyer très modeste, où chaque jour régnait la même atmosphère pesante, celle de l’inquiétude de nos parents, qui avaient toujours du mal à boucler les fins de mois. Avoir de nouveaux jouets était un luxe que nous ne pouvions pas nous permettre, et parfois, il nous arrivait même de partir à l’école sans déjeuner dans nos cartables. Nous avons appris à nous divertir avec ce qui nous passait sous la main, ce qui ne demandait rien d’autre que de la créativité ou de l’imagination. Je rêvais que le monde entier puisse lire mes histoires, et Anita, de confectionner des robes pour habiller les plus grandes célébrités.
L’été après notre dernière année de lycée, nos parents nous ont annoncé qu’ils comptaient quitter San Myshuno, la vie n’avait plus qu’un goût de misère ; eux, qui rêvaient de calme, de troquer les cris incessants des klaxons pour le chant des oiseaux, avaient toujours enfoui cette idée, dominés par la peur de nous arracher nos repères alors que nous n’étions que des enfants. Nous nous apprêtions tous à quitter le quotidien que nous avions toujours connu, et partagions l’excitation d’entamer ces nouveaux chapitres de nos vies. Anita et moi avions réussi à décrocher des bourses et à intégrer la même université, elle étudierait la mode et pour ma part, la littérature.
Quelques années passèrent, nous études nous passionnaient autant qu’elles nous épuisaient, sans parler des nuits sans fin que nous passions au bar avec nos copains. Le temps semblait passer à une vitesse folle et les cartes postales que nos parents nous envoyaient autrefois par dizaines, se faisaient de plus en plus rare. Pour eux, la vie était enfin devenue plus calme, la sérénité régnait, ils avaient même réussi à acheter leur premier pavillon à Henford, et à adopter deux poules ! Ils semblaient enfin être en paix.
On apprit leurs décès l’année suivante, la veille de Noël ; ils devaient retrouver leurs voisins, comme ils le faisaient tous les vendredi à 18 h, pour aller faire une balade à cheval. Ne les voyant pas arriver, leurs voisins appelèrent les pompiers, qui retrouvèrent nos parents gisants dans leur lit. Quand on a appris la nouvelle, je rangeais nos valises dans le coffre de la voiture, on était sur le point de quitter l’appartement pour prendre la route vers Henford. Au moment où j’ai vu Anita s’effondrer en lâchant le téléphone, j’ai compris que notre vie ne serait jamais plus comme avant.
Naila
